Respectons-nous les uns les autres !

Les actes ignobles et lâches qui ont frappé, en France, les journalistes de Charlie Hebdo viennent s’ajouter à tous les crimes terroristes perpétrés, ces dernières années, aussi bien dans les pays arabes et musulmans que dans d’autres parties du monde ; tout cela ne fait que renforcer notre détermination à défendre la liberté de penser par le biais d’une philosophie du vivre ensemble dans la dignité. Ce qui est visé, en dernier lieu, est, en effet, la capacité qu’à l’homme de transcender sa vulnérabilité, sa condition trop humaine, pour accéder à la forme la plus spirituelle de la vie, à savoir l’hospitalité dans son sens le plus élevé.

Cela nous oblige, nous autres, intellectuels du monde musulman, à mieux penser notre différence dans un vouloir vivre ensemble en partageant avec l’humanité les valeurs fondamentales des droits de l’homme. Bien sûr, il faut reconnaitre que la visibilité la plus importante de la pluri culturalité internationale est liée, actuellement, plutôt à la conflictualité des rapports qu’à la convivialité, et ce, aussi bien à l’échelle nationale qu’à l’échelle internationale. Le siècle dernier fut le siècle le plus meurtrier qu’a vécu l’humanité. Les guerres, devenues totales et mondiales se poursuivent généralement par des massacres de masse, des camps d’internement et de concentration voire des génocides, d’embargo, de blocus, de nouvelles colonisations, d’invasions et de barbaries.

Depuis l’année 80 et surtout après la chute du mur de Berlin, l’humanité ne s’est pas seulement débarrassé  du totalitarisme, mais elle vit aussi un climat de tension où guerres, conflits ethniques, terrorismes, instabilités et violences se perpétuent pour mieux assoir le règne du super capitalisme et imposer l’hyper libéralisme comme modèle unique et infranchissable de tous les modes de vie. Le début de notre siècle n’est pas meilleur. Le nombre de cadavres et de destruction dépasse déjà l’imagination. Il n’est pas étonnant de voir apparaître, malheureusement, un autre type de « communication » dans cette humanité fragile, fondé sur des notions guerrières comme le terrorisme, « l’axe du mal », le danger nucléaire, les armes de destruction massive, etc. La guerre, elle-même, est devenue une forme de communication.

Que peut la philosophie du vivre ensemble ? Quels en sont les principes ? Elle part d’un constat empirique mais fondamental : la diversité culturelle est un fait et personne n’a le droit de l’ignorer ou de la réduire. Tout en reconnaissant ce fait, elle prépare les conditions de possibilité d’un vivre ensemble dans la dignité sans assimilation et surtout sans hégémonie politique d’une culture sur une autre. Bien sûr les cultures ne dialoguent pas mais se rencontrent selon le terme de Derrida. Cette rencontre se fera tantôt dans l’ordre de l’hostilité, tantôt dans l’ordre de l’hospitalité. Les conditions du vivre ensemble ont pour objectif essentiel d’orienter cette rencontre entre les différentes cultures vers l’hospitalité par l’affirmation des trois principes suivant :

  • La liberté ne doit en aucun cas être réduite ou limitée que par elle-même. Militer toujours en faveur de sa liberté ne doit pas annuler la liberté d’autrui.
  • L’altérité doit être défendue comme être soi-même. A tout instant de notre vie, nous sommes autre et nous-mêmes à la fois. C’est pourquoi, le respect d’autrui, (le respect de sa culture, de sa croyance, de son mode de vie) est aussi le respect de soi-même.
  • La raison ou plutôt, le raisonnable selon le terme du philosophe Fârâbî, c’est-à-dire l’ensemble des critères théoriques et des dispositions pratiques qu’utilisent les hommes dans leur vie quotidienne, rend possible une communication pacifique et hospitalière entre les différentes cultures. Le vivre ensemble dans la dignité nécessiterait la raison fondatrice de la liberté et de l’altérité, le désir du beau et du bien et la réciprocité condition de possibilité de l’hospitalité et du respect d’autrui.

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